Le livre « bof » de la semaine

J’aime les polars, et s’il est vrai que j’en lis beaucoup, il est également fréquent que je tombe sur ce que j’appelle un livre « bof ». Mauvaise intrigue, écriture mollassonne, personnages peu crédibles, les raisons de mes déceptions ne manquent pas.
Le livre « bof » de la semaine, c’est « La théorie des six » de Jacques Expert.
la théorie des six
Je n’avais jamais lu cet auteur, mais je souhaitais le découvrir. Ses livres sont souvent des succès commerciaux, et ce n’est pas forcément bon signe pour moi (je vous parlerais peut-être un jour de Marc Lévy…). Mais je suis quelqu’un d’ouvert, après tout, non ?

Le résumé de « La théorie des six »

« Selon la  » théorie des six « , énoncée en 1929 par le savant hongrois Frigyes Karinthy, tout individu sur terre peut être relié à n’importe quel autre par une chaîne de connaissances ne comptant pas plus de cinq personnes intermédiaires. Ainsi, chacun de nous est à six poignées de main de n’importe quel Chinois du fin fond de la Mongolie extérieure. Cet auteur ne s’attendait certainement pas à ce que sa théorie devienne un jour le modus operandi d’un tueur en série. Julien Dussart lance pourtant ce défi à la police : il annonce qu’il a décidé de tuer  » quelqu’un  » et que la seule façon de l’arrêter consiste à comprendre sa logique. Qui sera la sixième cible ? La réponse à cette énigme permettrait au commissaire divisionnaire Sophie Pont de sauver les cinq premières victimes. Enfin… quatre. Le premier cadavre est retrouvé, le jeu peut commencer… »

 À la lecture

L’écriture est simple, et même simpliste et la lecture en est certes facilitée mais peu agréable. La manière dont l’auteur utilise le « je » pour faire parler son assassin pourrait être intéressante, mais est très vite court-circuitée par sa double utilisation. « Je » est alternativement l’assassin et la commissaire impitoyable qui oublie de le traquer. On s’y perd, et il ne vaut mieux pas zapper le titre du chapitre (chapitres fort courts au demeurant) si on ne veut pas se noyer entre deux « je ». C’est un gros bof d’écriture.
Sur l’intrigue, la théorie des six pourrait présenter un vrai intérêt, si ce n’est qu’elle est entièrement détournée de sa définition. Puisque chaque individu serait à 5 poignées de main de n’importe quel autre, un assassin prend la chaîne à l’envers et part d’un inconnu pour remonter jusqu’à sa cible initiale. Excusez-moi, mais cela me paraît complètement idiot. Je ne suis pas calée en statistiques, mais si un individu est à 5 personnes d’un autre, ces 5 intermédiaires ne sont pas interchangeables… Le bât blesse gravement, sur ce coup.

Peut-on lire « La théorie des six » ?

Oui, on peut le lire, mais dans un hall de gare bruyant ou dans une salle d’attente, histoire d’oublier ses (nombreuses) lacunes. Comme je le dis parfois : « Ça se lit ». Mais vraiment sans plus. Ne vous forcez pas, les librairies sont pleines de polars d’excellente qualité !
Ah, si Franck Thilliez s’était emparé de cette théorie des six, je me prends à rêver à ce qu’il en aurait fait…

Que lire à la place de « La théorie des six » ?

Quelques suggestions de lectures alternatives pour les amateurs de bons polars français :

alex pierre lemaitrele sang de la trahison

 

 

 

 

 

 

 

Et vous, quelles sont vos suggestions de lectures ?

Autobiographie d’une exécution – David R. DOW

lecture 1

 

Le résumé d' »Autobiographie d’une exécution »

« J’ai représenté plus de cent condamnés à mort. À l’exception de trois ou quatre seulement, je ne les aime pas. Parmi eux,il y en a sept que je crois innocents. Tous ont été exécutés parce qu’ils avaient jusque là été défendus par des avocats incompétents.
Chaque fois que je quitte la prison, je suis impatient de prendre une douche, pour me nettoyer de la mort et de la solitude. J’engage des experts pour qu’ils disent aux juges qui sont mes clients, et pendant qu’ils parlent, je fais tout mon possible pour ne pas les écouter. Mon travail consiste à empêcher qu’on exécute pas mes clients, pas à les sauver, ni à les guérir. C’est assez dur comme ça,mais au moins, c’est possible.Je ne suis pas Don Quichotte.
Les gens pensent que les condamnés à mort ont la belle vie, ils font de la musculation tous les matins et regardent la télé toute la nuit, avec trois solides repas par jour, l’accès à des ordinateurs et des livres, et des audiences en appel à n’en plus finir. Je ne sais pas si ceux qui ont fabriqué ce mythe sont ignorants, ou simplement cyniques. Quoi qu’il en soit, ils se trompent sur toute la ligne. Le couloir de la mort est une cage de la fourrière. Ça ne vous pose peut-être aucun problème. Vous pensez peut-être que quelqu’un qui commet un assassinat doit être emprisonné dans une cage. Je ne partage pas ce point de vue, mais je le comprends. »

À la lecture

David R. DOW n’est pas abolitionniste, c’est un fait. Il semblerait même que les abolitionnistes américains ne l’apprécient pas. Ce qui le pousse dans son combat, c’est un constat simple :
« Si vous avez des doutes à l’idée de soutenir un système raciste, reposant sur l’appartenance de classe, un système sans scrupule dans lequel la peau blanche vaut beaucoup plus que la peau foncée, où les procureurs dissimulent les preuves et les policiers mentent allègrement, où les juges décident des exigences de la justice en consultant la dernière enquête d’opinion, où les riches peuvent tout se permettre et e sont jamais condamnés à mort, alors vous n’avez pas fini de vous poser des questions sur la peine de mort telle qu’elle existe en Amérique. »
Je crois ce que David R. DOW écrit, parce qu’il le fait avec toute son humanité, toutes ses faiblesses. Il décortique à la fois le système qui condamne à mort et les défenses qu’il met en place tant pour sauver ses clients de la mort que pour se protéger.

Les allers et retours

Ce livre est construit sur le principe des allers et retours : le travail et la vie personnelle de l’auteur y sont sans cesse imbriqués, dans une sorte de toile dont l’avocat ne parvient pas à s’extraire. S’il parvient à se protéger un minimum des impacts de son métier, c’est sans doute parce que sa famille est un pilier de sa vie, parce qu’il est par ailleurs enseignant, parce qu’il peut compter sur une équipe qui assure. Sa vie est méthodiquement traduite dans sa manière d’écrire : les allers et retours sont ceux qu’il fait en prison, mais aussi ceux des recours qu’il adresse à la justice pour retarder une exécution, ceux de l’invitation de sa vie personnelle dans sa vie professionnelle et inversement. Enfin, ce sont les allers et retours entre les préoccupations éthiques, morales et la réalité crasse des histoires de vie auxquelles il se cogne.
Cette écriture empêche le lecteur de se lasser, plus encore, elle permet de poursuivre sans que le sentiment d’oppression ne se fasse trop fort, sans jamais que l’on ne se sente voyeur.

Les questions de fond

Ces questions sont certainement plurielles. Elles touchent au principe de la peine de mort, bien que David R. DOW, je le répète, ne soit pas contre la peine de mort, mais aussi à l’absurdité du système judiciaire américain qui n’hésite pas à tuer les fous, et parfois même les innocents.
On sait, statistiques à l’appui, que la peine de mort n’a pas d’effet dissuasif : le condamné ne risque évidemment pas de récidiver, et les meurtriers potentiels se sentent tout-puissants. Savoir qu’ils risquent la peine de mort ne les empêche pas de tuer.
Si vous souhaitez approfondir le sujet, je vous conseille l’ouvrage de la série « Que sais-je ? » paru aux éditions PUF.
la peine de mortIl a le mérite d’explorer la question de la peine de mort et de fournir des données claires, hors du contexte politique et sociétal dans lequel nous sommes baignés, parfois contre notre volonté.

Pourquoi lire « Autobiographie d’une exécution » ?

Si je recommande cet ouvrage, c’est pour la qualité de son écriture, qui fait que l’on n’a pas l’impression de lire un témoignage, tout en en étant parfaitement conscient à chaque page. Mais c’est aussi parce que le point de vue d’un avocat qui tente d’empêcher l’exécution de ses clients a selon moi une réelle valeur. J’admire le travail fait par cet homme, et je pense que chacun de ceux qui lira ses mots admettra qu’un tel avocat force le respect.
Et si vous souhaitez approfondir le sujet d’un point de vue plus français, je vous recommande la lecture de Robert BADINTER, « L’abolition » (Éditions Points Poche – 2009) et/ou « Demain, vous voterez l’abolition de la peine de mort » (Éditions Le Livre de Poche – 2002).

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